vendredi 18 octobre 2013

GERMAINE 1882, YAWL AURIQUE DE BEN NICHOLSON

GERMAINE 1882
Le plus ancien C & N à flot


Par François Chevalier

En octobre 1996, la revue ClassicBoat fête son 100e numéro en élisant les 100 meilleurs bateaux. Ian Dear a retenu dans sa liste un certain yawl à l’état d’épave mais au pédigrée hors du commun : Germaine, un Ben Nicholson de 1882. Il n’en reste qu’une belle photo d’époque de William Kirk et une carcasse abandonnée sur un parking à Gosport. 


©François Chevalier - Le plan de voilure de Germaine, conforme à l’origine,
établi d’après les photos de l’époque
Germaine en croisière  au XIX siècle – Collection Patrick Bigand    
En fait, Germaine avait été racheté par le chantier Camper & Nicholsons pour le restaurer et fêter leur double centenaire en 1982, le chantier datant de 1782. Entre temps, C & N dépose le bilan et le voilier est laissé à l’abandon, sans gréement ni lest.

©François Chevalier - Les formes de Germaine sont typiques des couloirs lestés
très en vogue en Angleterre à cette époque

Patrick Bigand travaille justement à Oxford à ce moment, et un voilier de cette taille, 12,83 mètres au pont, ferait bien l’affaire comme voilier amiral de sa belle collection de petits canots et voiliers. Il l’imagine déjà au mouillage aux pieds de sa maison de Douarnenez.

Héritier d’une fortune considérable, F. W. L.-Popham a possédé de nombreux voiliers,
Germaine étant l’un des plus petit de sa flotte

Ian Dear n’a pas manqué de mentionner le téléphone de Mark Bowden qui a racheté les bâtiments de C & N pour sa future marina. L’affaire est enlevée promptement pour une Livre symbolique et Patrick confie la restauration à l’école de charpente marine IBTC à Lowestoft. Puis il me contacte pour assurer l’élaboration de tous les plans et le suivi du chantier, aucune archives de C & N sur le voilier n’ayant survécu au temps.
©François Chevalier - Membrure en chêne chantourné, quille en pitchpin, bordé en tecket pitchepin,
le poids ne rentre pas en compte dans cette construction
J’ai donc relevé le plan de la coque dont le pont était dans les fonds, puis redressé les lignes en fonction des caractéristiques du voilier, et dessiné les plans de construction, voilure et aménagements. Les travaux ont duré une éternité, mais avançaient au rythme des sessions des cours, et refaits par les étudiants suivants lorsque le résultat n’était pas parfait. 

©François Chevalier - Les aménagements sont en acajou, la descente avancée permet de dégager une belle
cabine de propriétaire. La cuisine et les toilettes sont en avant du mât, comme cela se faisait à l’époque
©François Chevalier - Le long roof offre une hauteur sous barreau sur ‘ensemble de la cabine arrière et le carré.
La descente est latérale sur le roof à tribord, comme sur les bateaux des eaux intérieures en Angleterre. Une transmission hydraulique permet de positionner le moteur dans les fonds, sous la descente dans le sens transversal

Entre temps Patrick est muté à Portland, Oregon, puis rentre en France, ITBC change trois fois de directeurs et Germaine n’est pas toujours leur priorité. Cependant petit à petit, le voilier retrouve sa superbe.

©François Chevalier - Détail de la descente latérale. Même à la gîte, l’accès reste aisé    
©François Chevalier - Détail de l’écoutille principale
©François Chevalier - Détail du capot avant
Finalement, le 28 mai 2013, le yawl touche de nouveau son élément, en présence d’Eleonore Salter, arrière petite nièce du premier propriétaire, F. W. Leybourne-Popham, et toute l’équipe du chantier. 
Nadia et Patrick Bigand ont placé une pièce d’argent sous le grand mât ; 453 étudiants auront réussi à faire revivre le navire.

Mise à l’eau le 28 mai 2013 à Lowestoft    

Patrick m’appelle, inquiet que le voilier flotte un peut haut, je lui fait remarquer que son voilier date de 1882 ; à l’époque une partie du lest était encore à l’intérieur, et trois tonnes de plomb lui permettent rapidement de retrouver ses lignes.


L’élégant yawl, après quelques finitions, quitte les rivages de la Mer du Nord pour Douarnenez qu’il atteint le 15 septembre 2013.






Caractéristiques principales de Germaine

Architecte et constructeur : Ben Nicholson
Mise à l’eau : 21 juin 1882 - (jour de naissance - mais bien évidemment pas l'année !!! -  de François Chevalier)
Premier propriétaire : F. W. Leybourne-Popham
Architecte de la restauration : François Chevalier
Chantier : IBTC (International Boatbuilding Training College), Lowestoft
Longueur au pont : 12,83 m
Longueur de la flottaison : 10,20 m
Largeur au maître bau : 2,90 m
Déplacement : 18 tonnes
Lest : 5 tonnes de plomb sous la quille et 3 tonnes à l’intérieur
Tirant d’eau : 2, 05 m
Gréement : yawl aurique
Surface de voilure : 135 m2 au près
Tirant d’air avec le mât de flèche : 16,60 m
Motorisation : diesel Vetus 42 cv inboard, avec transmission hydraulique
Matériaux : Bordé en pitchpin, hauts en teck, membrures chêne chantourné
Superstructures en teck
Mâts et espars pin d’Oregon