mercredi 1 novembre 2017

MINI TRANSAT 2017

Par François Chevalier

En créant la Mini Transat, l’objectif de Bob Salmon de renouer avec l’aventure avec peu de moyens s’est vérifié la première édition, en 1977, mais dès 1979, un prototype à ballast American Express, à Norton Smith, l’emporte. Il ouvre la voie à l’expérimentation de solutions architecturales innovantes. En 2010, l’ingénieur David Raison conçoit le Magnum 747 avec une étrave large et pleine. 

© François Chevalier 2017
Au mois de novembre, la revue Voiles & Voiliers organise un comparatif et constate que le concept de scow adapté à la course au large est payant, meilleur cap et plus rapide dès 12 nœuds de vent. La victoire de David dans la Transgascogne et la Mini 2011 confirme le pronostic, mais de façon assez étonnante, pas une nouvelle étrave de scow à l’horizon pour 2013, alors que l’Italien Giancarlo Pedote rebaptise le 747 : Prysmian et s’adjuge huit victoires entre 2012 et 2014 et remporte le classement général des Minis des années 2013 et 2014.
Mis à l’eau en 2014, le nouveau Maximum 865 de David Raison se taille onze victoires entre 2015 et 2016. 

Pourtant, sur la trentaine de protos qui courent actuellement on ne compte aucun nouveau Raison; le 865, renommé Griffon, continue, depuis le début de l’année à faire des ravages, victorieux sur les six évènements où il a participé. Le 747, racheté fin 2016 par SEAir, est équipé de foils et vole depuis le 25 janvier, mais ne sert que de voilier expérimental et ne participe pas aux compétitions.

Le premier Mini à suivre les traces de David Raison est mis à l’eau en 2015, Eight Cube 888, pour le Suisse Simon Koster, conçu par le bureau d’architecture navale Mer Forte, et dessiné par l’architecte Olivier Mousselon. Équipé de foils qui tiennent compte de la règle en vigueur, 3 mètres de large, appendices compris, les foils sont, comme sur les catamarans AC 50, à ailes rentrantes. 
La quille est télescopique, et le roof particulièrement proéminent répond au programme du skipper qui désirait une bonne protection. Simon arrive à tirer son épingle du jeu avec une troisième place dans la Mini en mai de 2016 et une seconde place dans la dernière Transgascogne, juste derrière le Griffon 865 de Ian Lipinski.

En juin 2016, Lalou Roucayrol met à l’eau l’Arkema 3 900, un Mini assez innovant, tant par ses formes, ses foils, ses matériaux de construction et son gréement. Conçu par l’architecte Romaric Neyhousser, et skippé par Quentin Vlamynck, il reprend le concept du scow du Maximum, avec un bouchain qui fait le tour de la coque. Grâce à la libéralisation des règles de largeur de la Mini - la largeur de l’ensemble coque et appendices ne doit pas dépasser 3 mètres sur la ligne de départ et 6,50 mètres en course — l’équipe de conception a pu développer des foils qui basculent de l’horizontale à la verticale autour d’une olive placée sous le bouchain dans laquelle ils peuvent s’escamoter. 
Ces foils sont du type de ceux développés sur les IMOCA, mais ils sont, en proportion, beaucoup plus étroits. Une fois abaissés la surface de dérive qu’ils représentent est, par rapport aux dérives traditionnelles de Griffon, 45 % moins importante. Sur les safrans, le foil est placé au trois cinquièmes de leur profondeur. Le franc bord présente un maximum au milieu du voilier et s’abaisse vers l’avant et l’arrière, au point que le franc bord avant est inférieur de 20 centimètres par rapport au Magnum 747.

La coque au-dessus du bouchain est inclinée vers l’intérieur, permettant un décoffrage aisé du moule de construction de la coque en deux parties, crée une marotte moins agressive sur l’avant et réduit le développé du pont. 
© François Chevalier 2017

Vue en plan, l’avant du voilier est moins large et plus arrondie que les 747 et 865 de David Raison, ce qui représente un recul de 30 centimètres en longueur à un mètre de l’axe du bateau. Il est évident que cela correspond à une longueur inférieure de la coque à la gîte, et donc un handicap au près, mais un meilleur passage dans les coups de butoir dans le creux des vagues. Cela dit, ces carènes bouchonnent beaucoup plus que celles qui sont plus fines sur l’avant et l’étrave soulage d’autant qu’elle est porteuse. Cette diminution de la longueur de flottaison est un peu étonnante, car cette forme de coque possède le défaut de manquer de point d’appui sur l’avant, par rapport aux carènes classiques. Cela dit, en comparant les carènes du 747 et du 900, les lignes de flottaison sont assez similaires, légèrement plus creuses sur le 747. Le bouchain du 900 interrompt ces lignes, ce qui a permis de diminuer le bau maximum de la coque de 12 centimètres, réduisant le développé du voilier. Cette diminution de raideur est théoriquement compensée par les foils qui augmentent le couple de redressement, même si à l’usage, les foils semblent un peu trop juste en surface.

Le gréement choisi par l’équipe Lalou Roucayrol est du type à aile épaisse en deux éléments, avec fente et système de réduction. La partie avant est articulée autour du mât autoportant. Il est tenu par les bastaques lorsque les voiles d’avant sont établies. L’étai de foc est amarré sur le système de pivotement du bout-dehors qui coulisse sur un rail à l’étrave, permettant de balancer le point d’amure du foc au vent ou sous le vent suivant les besoins. La coque a été réalisée en résine acrylique thermoplastique, qui a l’avantage d’être recyclable. Comme on le voit, le skipper, Quentin Vlamynck, a pu se faire du souci avant d’assimiler toutes les manœuvres de son mini, entre le gréement, les deux foils, la quille pendulaire, le safran relevable, le bout-dehors télescopique et orientable et les bastaques. Heureusement, ce type de carène protège mieux le skipper des embruns, il peut se concentrer, une fois tous ces réglages effectués, sur sa navigation…


Depuis sa sortie en 2014, le Pogo 3, signé Guillaume Verdier, s’est imposé comme voilier de série idéal. En effet, il a remporté la plupart des compétitions en Mini depuis sa mise à l’eau. Pas d’excès sur ce voilier destiné aux fins barreurs comme aux néophytes, mais un compromis efficace et relativement simple d’emploi. 
Avec un avant bien plein et rasant, un bouchain long et généreux, un léger redan sur l’avant, une carène creuse, des fonds plats et des flans évasés pour déjauger rapidement même à la gîte, l’ensemble génère une carène puissante, raide et planante. 
Avec un rapport de lest-déplacement conséquent, soit 50 pour cent, et un plan de dérive efficace, le skipper peut mettre de la toile sans partir au tapis à la moindre survente. Un voilier de série qui se comporte remarquablement par rapport aux protos, le premier Pogo 3 se placerait troisième dans la Transgascogne parmi les 8 protos, et neuvième sur 23 dans le Mini-Fastnet. Sachant que les protos ont un tirant d’eau de 2 mètres, soit 40 centimètres de plus que le Pogo, et une quille pendulaire, la performance de Guillaume Verdier tient encore la route.

DATA


Arkema 3

Mini 6.50 Proto N°900
Architecte : Romaric Neyhousser
Année de construction : 2016
Longueur de coque : 6.50 m
Largeur de coque : 2,88 m
Longueur de flottaison : 5.60 m
Type d’appendice : quille pendulaire et foils
Matériau sandwich : résine recyclable Elium, carbone
Tirant d’eau : 2.00 m
Voilure au portant : 107 m²
Voilure au près : 44 m²
Type de gréement : mât aile autoporté
Déplacement lège : 800 kg
Lest : 350 kg


Pogo 3

Mini 6.50 Série
Architecte : Guillaume Verdier Design
Année de construction : 2014
Constructeur : Structures (Combrit)
Longueur de coque : 6.50 m
Largeur de coque : 3.00 m
Longueur de flottaison : 6,47 m
Type d’appendice : quille fixe
Matériau sandwich : polyester fibre de verre
Tirant d’eau : 1,60 m
Voilure au portant : 98 m²
Voilure au près : 41 m²
Type de gréement : 9/10
Déplacement lège : 920 kg
Lest : 460 kg

mercredi 18 octobre 2017

36th AMERICA'S CUP... MONOHULL 36e AMERICA'S CUP... EN MONOCOQUE

LES NOUVEAUX MONOCOQUES DE L'AMERICA'S CUP

par François Chevalier et Jacques Taglang


En quelques années, il a suffi que la Coupe de l’America mette son nez dans les catamarans pour qu’ils deviennent des objets volants mal identifiés. Les ailes ont remplacé les voiles et les coques inutiles ont des fonds plats, l’équipage, déguisé en robot casqué, passe son temps à assurer la pression dans le circuit hydraulique... La prochaine Cup promet de révolutionner les monocoques. 75 pieds, soit 22,86 mètres de long, c’est un mètre de plus que les Mini Maxi 72, mais ces derniers sont bloqués par la jauge IRC.


VERSION A QUILLE...

Si les grandes lignes de ces AC75 ne sont connues que dans les semaines à venir, la règle de jauge sera finalisée le 31 mars 2018, trois mois après l’ouverture des inscriptions des Challengers et un an avant la mise à l’eau du premier des deux AC75 des candidats. 


VERSION A FOILS SEULS !!!

Les festivités commenceront avec deux «America’s Cup World Series Preliminary Events,» (ACWSPE) mi 2019, qui se disputeront entre challengers. Le 1er février 2020, les prétendants au défi pourront lancer leur second et dernier AC75. Ainsi, avec 3 ACWSPE dans l’année et une course spéciale dite «America’s Cup Christmas Race» entre le 10 et le 20 décembre le spectacle sera au rendez-vous. Enfin, la Prada Cup qui remplace désormais la Louis Vuitton Cup, aura lieu entre janvier et février 2021, la Coupe de l’America se déroulant le mois suivant.

Afin de réduire les coûts, certains éléments pourraient devenir imposés et construits en série, on pense aux IMOCA, comme une éventuelle quille ou le mât. Les voiliers seront conçus pour pouvoir régater dans le petit temps comme dans la brise. Dans ce dernier cas, une limite de force du vent devrait toutefois être fixée.

Déjà, Alinghi se dit très intéressé imité, en cela, par le New York Yacht Club et Land Rover Bar. D'autres encore, se préparent. Franck Cammas a annoncé son désir de continuer, soutenu par un de ses sponsors. En revenant au monocoque, la Coupe pourrait tenter quelques propriétaires de Maxi et renouer avec son histoire, riche en personnalités hautes en couleur.

Un vent de tradition souffle entre les Italiens du Circolo della Vela Sicilia, Challenger of Record, et Emirates Team New Zealand. Le principe de nationalité sera imposé, 2 ou 3 des 10-12 équipiers doivent être de la même nationalité que le club qu’ils représentent. Les autres devront résider dans le pays du club. Ce principe est aussi appliqué au lieu de construction des coques, réalisées dans le pays du club, sans obligation particulière pour le team de conception. Et, pour le plus grand bonheur des observateurs, il sera interdit de cacher les bateaux lors de leur mise à l’eau.

L’AC75 est un saut dans l’avenir des monocoques, les foils latéraux vont pouvoir faire voler des unités d’une bouée à l’autre. Attention toutefois aux couteaux affutés lors des matchs race, l’appendice, coupant comme un rasoir, s’étendra à 4 ou 5 mètres à l’extérieur de la coque ! 

L’équipage ne va pas manquer d’activité, entre balancer la quille (s’il y en a une), régler la toile, le mât, le safran et le foil au vent, prendre des ris dans la brise, changer les voiles. Il faudra peut-être quelques équipiers aux winchs ou à vélo pour alimenter l’hydraulique, mais c’est en tout cas un retour à la voile archimédienne, en partie au moins !


Petit exercice d’imagination :
AC75 monohull

Mise à l’eau : 31 mars 2019
Longueur : 22,86 m                                                 LOA: 75'
Flottaison : 22,86 m                                                LWL: 75'
Bau : 6 m                                                                Beam: 19' 7'' (hull)
Bau foils sortis : 15 m                                            Beam with foils: 49' 4''
Tirant d’eau : 5,50 m (si une quille est prévue)     Draft: 18' (if keeled)
Déplacement : 7 t                                                   Displacement: 7 tons
Tirant d’air : 33 m                                                 Air draft: 108' 4''
Surface de voiles au près : 400 m²                        SA (windward): 4305 sq. ft.
Surface de voiles au portant : 750 m²                   SA (downwind): 8073 sq. ft.